Arts / Numérisation / Fractals

Arts / Numérisation / Fractals

Fanny Fougerousse / Photo-graphismes - Morphogenèses digitales

 

 

 

Fanny Fougerousse / Graphismes numériques et photo-graphismes

 

 

Dessins et graphismes numériques

 

Fanny Fougerousse est artiste plasticienne et professeur agrégée d'arts plastiques en Alsace, depuis le début des années 2000. Elle a acquis également (dans l'atelier du céramiste alsacien Thiébaut Dietrich vers Guebwiller), durant plusieurs années, une solide pratique de la céramique qui oriente et inspire ses créations graphiques sur tablette graphique (iPad) et ordinateur. Aussi, le rapport entre les matières transformables à volonté dans l'art de la céramique et les formes graphiques (dessin au stylo, au crayon, au feutre, etc.) ou infographiques (dessin digitalisé sur tablette ou sur écran d'ordinateur) est vraiment primordial pour cette artiste. Ses productions "photo-graphiques" témoignent de ce lien fondamental avec sa technique de la céramique.

 

Fanny Fougerousse a en premier lieu recours, dans ses "photo-graphismes", à la plus simple et ancienne des pratiques : celle du dessin spontané au stylo à bille ou au crayon noir, dans des carnets de dessin.  Ces dessins initiaux sont ensuite numérisés par photographie numérique ou au moyen d'un scanner, puis retouchés au moyen d'une tablette numérique et d'un stylet. alliage_carnet_19-bis recadré.jpgCe travail à deux étapes est semblable, au plan formel, à celui d'un processus de modelage de formes, une sorte de "façonnage de matrices" un peu comparable, explique-t-elle, au travail de façonnage et de transformation des terres dans la pratique de la céramique.Le choix d'un simple carnet de dessin, facile à manipuler et à transporter, ainsi qu'un style noir à bille fine -- parfois aussi quelques collages de papier --, permet de traduire la première intuition de la forme, et d'en suivre les déploiements potentiels sur la feuille de papier. L'espace en deux dimensions révèle alors par intuition, au cours du déploiement graphique des figures, un espace "sous-jacent" en trois dimensions perspectives virtuelles.  L'espace bidimensionnel de la feuille de papier est, en somme, configurable en un espace imaginaire virtuel en volume.

 

L'étape suivante consiste en la numérisation du graphique primitif, puis dans la transformation par approximations successives, au moyen du stylet -- lequel offre une très bonne ergonomie --, des formes dessinées spontanément. La cohérence des formes se révèle, à différentes échelles de grandeurs,à travers leur manipulation empirique. Le dessin esquissé initialement trouve par sa transformation logicielle, une sorte d'équilibre visuel instable qui s'inscrit au fur et à mesure sur l'écran de la tablette. Le dessin matériel de base s'étire, se distend, effectue son expansion logicielle plus ou moins chaotique dans les dimensions du plan, de telle sorte qu'il en résulte des morphologies complexes qui rompent avec la géométrie euclidienne de la perspective monofocale. On peut dire, en quelque sorte, que s'affirme une indéfinité potentielle de points de vue (de perspectives), dans un espace tramé ou strié possédant de multiples dimensions, aux antipodes des espaces engendrés par les lois rigoureuses de la géométrie d'Euclide. Le dessin initialement tracé devient un véritable réseau de morphologies imbriquées, révélées par le traitement de l'information numérisée. Les exemples ci-après mettent en lumière ces phénomènes morphodynamiques, analogues à ceux qui régissent les images fractales calculées à diverses échelles de grandeurs.

 

 

 

pois_Num_19_version _topographie.jpg

 

 

 

 

 

 

   alliage_Num_19_version_topographie_etape3.jpg

 

 

 

 

 

 coussins_Num_19_version topographie_étape2.jpg

 

 

 

Images ci-dessus : Fanny Fougerousse, Graphismes sur tablette à partir de dessins, 2019-2020

 

 

 

 L'inspiration de l'art de la céramique

 

La céramique est l'art qui oriente, en partie, en arrière-plan, ces recherches de malléabilité quasi infinie des formes numériques. Les images de quelques céramiques ci-dessous le montrent avec évidence, même si les deux formes d'expression artistique sont différentes par la matière et les processus plastiques qu'elles mettent en oeuvre.

 

 

module Céramique 2.jpg

 

 

 

module atelier3.jpg

 

  

Plancton 1.jpg

 

 

Images ci-dessus : Fanny Fougerousse, Céramiques, 2016-2018

 

 

 

Photo-graphismes - "Peintures" numériques

 

Dans ses "photo-graphismes", Fanny Fougerousse combine, de manière neuve, les images photographiques et le dessin numérique sur tablette, ce qui engendre des formes dynamiques et hybrides qui évoquent les thématiques relatives aux images fractales, notamment la multiplication des échelles de grandeur, la chaotisation des figures transitoires, et les bassins d'attraction, spécifiques de la dynamique des formes chaotiques étudiées en physique et en mathématique des systèmes dynamiques.Les photo-graphismes réalisent une certaine forme d'alchimie, par la combinaison de l'image photographique avec les algorithmes de transformation des figures. Il s'agit par cette hybridation des techniques, de créer les conditions d'une "perception augmentée", par laquelle le réel photographié et l'imaginaire simili-pictural du graphisme logiciel sont mêlés de manière subtilement ambiguë. Notamment, les photo-graphismes jouent sur les frontières floues et les transitions ambiguës entre formes animales, végétales et minérales. Or, les frontières floues, les incertitudes "territoriales" continues/discontinues, entremêlées et fluctuantes, constituent la propriété majeure des figures fractales étudiées par la théorie du chaos et des systèmes dynamiques.

 

Fanny Fougerousse s'exprime en termes fractalistes au sujet de ce "voyage expérimental" entre réalité et imaginaire, à travers le croisement du photographique et du numérique (au moyen de la tablette iPad) :

 

"Mon travail graphique n'apporte pas de repères dans cet infini chaotique, mais comme des "arrêts sur image", des ordonnancements temporaires. Il propose un voyage expérimental, une déambulation dans l'étrangeté de mondes qui semblent trouver leur vrai lieu dans une interface mutante, mais permanente, et trouver des équilibres instables sur le fil de transitions de phase."

 

 

Les images ci-après représentent l'aboutissement d'un travail patient de modifications des formes, remarquable principalement soit sur la partie droite et le ciel dans l'image 1, soit sur la partie gauche et le ciel dans l'image 2. Dans la seconde image, la scène visuelle réaliste : des tuyauteries industrielles, devient à gauche de l'image, une sorte d'entrelacs fluctuant, à la manière de lianes végétales ou de réseaux de fils torsadés. Le rapport entre le végétal et les images techniques devient flou, indéterminé, de telle sorte que ce mixte digital de formes réalistes et imaginaires crée un univers perspectif visuellement déstabilisé, mouvant en quelque sorte, et par là-même "fractal", au sens d'une variation de perspectives qui se présentent quasi simultanément au regard du spectateur intrigué. Le travail numérique tout en finesse (les retouches sont effectuées avec minutie, au pixel près), aboutit à une bipartition plus ou moins irréaliste et énigmatique de l'image photographique initiale, en créant une déstabilisation des formes et par là-même de l'unité ou de la cohésion de l'image, face au regard plus ou moins erratique.

 

 

Où est la réalité proprement photographique? Où est la réalité imaginée à partir de la photo initiale? La chaotisation transformationnelle du regard l'emporte sur la stabilité de la perspective euclidienne des images photographiques habituellement considérées comme des reflets du réel avec ses proportions, sa description objective et ses qualités matérielles propres. Il s'agit là d'un "photo-graphisme" numérique (au sens littéral du terme) jouant sur les métamorphoses de la photo "brute" initiale, considérée comme le terrain d'expérimentations plastiques, où les jeux de perspective créent des illusions flottantes et inopinées, entre le sens du réel photographique prétendument "objectif" et l'impression d'une transition vers un possible purement imaginé mais en interdépendance évidente, cependant, avec l'image initiale "brute" du réel photographié.

 

 

 Image 1

 

 

IMG_20200614_163652-Edit%20(1).JPG

 

 

 

Image 2

 

 

Fanny_Photo-graphisme_PONTS.JPG

 

 

 

Image 3

 

 

Fanny Fougerousse_Tuyaux_Peinture numérique_2020.JPG

 

 

 

Image 4

 

 

Fanny_Photographisme_24.9.2020_IMG_3441.JPG

 

 

 

Image 5

 

 

Fanny_Photo-graphisme_4 octobre 2020_IMG_3510-Edit.jpg

 

 

 




09/09/2020